Démocratie et élections

Et Leonarda alors ?


   Bien sûr, il y a toujours les vagues de licenciements, les attentats, les bombardements, les suicides de paysans, les querelles entre membres du même gouvernement ou du même parti, le “blanchiment” de Sarkozy, le “ras-le-bol” fiscal des Français, expression lancée la première fois par le Ministre des finances (!!!!!) lors d’une interview sur une station de radio… et puis les colères contradictoires de telle ou telle catégorie… La routine en quelque sorte.
   Les médias nous servent tout cela en quelques brèves minutes, pour laisser la place à un fait-divers macabre ou croustillant et aux informations sportives. Toutefois, il y a toujours un ou deux événements, quelques fois de non-événements, qui font l’objet d’une attention particulière et vont tourner en boucle pendant quelques jours, avant de tomber dans l’oubli.
   Ils ont généralement en commun, de susciter une émotion plus forte, où la peur, le scandale, la sensiblerie, l’indignation sont suscités, parfois en même temps. Habileté journalistique, ou “b.a.-ba” de la communication où l’on sait qu’une “émission” peut déclencher des réactions sensibles contradictoires chez les “récepteurs”.
   Quels furent ces dernières semaines ces événements montés en épingle. Comme je ne suis pas très fidèle aux “JT” ni davantage aux infos des différentes stations de radio, je crains que mon choix ne soit objectivement contestable et que je n’aie retenu que ce qui m’a personnellement frappé. Bien sûr, première réaction, je fus agacé qu’on donne la même importance, entre autres, au shut down américain, et une fois de plus, à la montée dangereuse du FN… à Brignoles.
   Ce fut, étrangement, ce tapage sur cette élection à Clochemerle qui me fit entrevoir qu’il y avait peut-être un vrai rapport entre ces deux événements, apparemment de portée incomparable. A Brignoles, il s’agit d’une élection incontestable juridiquement, mais dont le Parti vainqueur est contesté au regard des valeurs démocratiques. Aux Etats-Unis ce sont les Représentants Républicains qui mettent les Services Publics en chômage technique, qui sont prêts à mettre leur Etat en Banqueroute et à déclencher une catastrophique crise financière et bancaire dans le monde. Et tout ça, entre autres, pour faire abolir la loi sur l’assurance maladie.
    Sortons de l’actualité anecdotique pour constater que le recours à l’élection, même honnête, pour désigner les gouvernants n’assure en rien qu’un pays soit démocratique, c’est-à-dire que la finalité de la politique soit l’intérêt général, et cela pas seulement hors de la zone occidentale.
   Les forts taux d’abstention aux Etats-Unis comme à…Brignoles, mais aussi la dérive, partout en Europe, vers des partis pas vraiment imprégnés des valeurs démocratiques, attestent de la fracture entre les dirigeants et le peuple. Les gens d’en haut et les gens d’en bas, pour reprendre la formule de Raffarin, ou entre dominants et dominés, pour rendre hommage à Bourdieu.
   Mais, est-ce vraiment nouveau ? Y a-t-il eu jamais vraiment adéquation entre élection et démocratie, au vrai sens du mot. Le peuple, comme l’entendaient Michelet, Vallès ou Jaurès, n’a-t-il pas toujours été remis à sa place par des élections, c’est-à-dire à la marge de la société politique. Les manifestants “printaniers” du monde arabe en font l’amère expérience.
   C’est à cette interrogation que je tente de répondre dans le texte ci-joint. Il est long, complexe et bien sûr contestable ; mais se poser la question fondamentale de la mise en pratique des principes démocratiques ne peut se traiter en trois formules bien huilées. Par ailleurs, les nombreux documents rendent le texte plus réduit. Enfin, on peut le lire partiellement et même dans le désordre

   Et Leonarda alors ? En effet, c’est depuis quelques jours “l’affaire” typique qui enflamme les médias, les politiques et la rue. Eh bien justement, la vraie question qui est posée au travers de cet événement singulier est la politique de l’asile et plus largement la gestion des mouvements migratoires. Problèmes majeurs qui doivent être étudiés en profondeur à partir de données globales à la fois démographiques, économiques et culturelles ; autrement dit avec la distance suffisante, ou si l’on veut avec sang-froid. Le bouillonnement actuel empêche de respecter ces principes méthodologiques et déontologiques. Mais, il faudra rapidement s’y colleter, pour le gérer intelligemment, avant de le subir à chaud, dans le désordre et la violence.

JC Coiffet

21 oct 2013

Rédigé par Jean-Claude Coiffet