L'Europe, l'Europe, l'Europe!

 

L’Europe…l’Europe…l’Europe…

 

« On peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en disant l’Europe, l’Europe, l’Europe, mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien. Il faut prendre les choses comme elles sont. Comment sont-elles ? »

Tout le monde se souvient de cette fameuse réplique du général de Gaulle. C’était le 14 décembre 1965. Près de cinquante ans après, il y a toujours les cabris, mais dont les sauts convainquent de moins en moins. Aussi, l’écrasante majorité des prochains électeurs européens vont s’abstenir ou voter pour des eurosceptiques, autre terme dont de Gaulle n’aurait pas manqué de remarquer qu’il ne signifie rien et regroupe dans un même panier des pommes, des poires et des scoubidous. Qu’importe, les deux prétendants à la présidence sont déjà désignés, avant même que les électeurs soient allés aux urnes : qui de Junker et de Schulz est le bonnet blanc et le blanc bonnet ?

Les cabris nous expliquent une fois de plus, et ce depuis trente-cinq ans, qu’on n’a pas suffisamment expliqué l’enjeu fondamental de ces élections. Décidément, l’Europe se divise en deux : d’une part des politiciens, des journalistes et autres communicateurs pédagogiquement totalement nuls et une population totalement débile qui ne comprend rien à rien, même pas ce qui est de son intérêt. A moins, que les premiers ne tiennent pas à ce que l’on sache vraiment ce qu’il en est réellement du fonctionnement et des vraies finalités de cette construction de l’Europe et que les seconds ressentent de plus en plus nettement qu’on se moque d’eux et qu’en fait de construction l’Europe est en train de devenir un terrain vague, voire un champ de ruines.

On m’a dit récemment que certains hommes politiques, certains organes de presse faisaient allusion à l’ordolibéralisme. Ainsi, entre autres, et pas n’importe quel autre, on peut lire sous la plume de Jürgen Habermas (*): « Le gouvernement fédéral (allemand), en raison de son poids économique et de sa puissance de négociation informelle, a imposé au Conseil européen les idées allemandes visant à surmonter les crises, des idées ordolibérales. Il a contraint les pays en crise à des “réformes” radicales, sans endosser la responsabilité, au niveau européen global, des conséquences plus sévères de cette politique d’austérité manquant de tout équilibre en matière sociale. »

 Cela ne fait qu’aggraver mon immodestie, moi qui, pour répondre à un ami sur le sens de l’expression “Economie sociale de marché”, avais écrit un très long texte critique pour expliquer que derrière cette formule flatteuse se cachait une pensée élaborée dans les années trente et réapparue en Allemagne après la guerre. Pensée qui, depuis, sert de fondement idéologique à la construction de l’Europe : l’ordolibéralisme justement. C’était il y a près de sept ans et je m’appuyais sur des travaux déjà publiés depuis un certain temps et entre autres un cours de Michel Foucault au Collège de France en janvier 1979 (Naissance du biopolitique). Prétentieux et paresseux, je me contenterai de vous conseiller de vous reporter à mon article déjà en place sur le blog, sous le titre Economie sociale de marché et ordolibéralisme.

Plus directement en lien avec les prochaines élections, je ne peux que fortement conseiller de lire l’appel des “Economistes atterrés” : Une autre route pour l'Europe, appel pour les Européennes.

Comme je ne peux pas me passer de construire des tableaux, je vous en propose un, en PDF, à toutes fins utiles.

Je vous propose aussi le fameux cours de Michel Foucault. C’est long, mais ça vaut le déplacement.

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(*) Article du “Monde” du 23 février 2014