Pas d'amalgame

 

Pas d’amalgame surtout (?!)

 

Existe-t-il un seul pays dominé ou se référant à l’Islam qui respecte les principes les plus élémentaires d’un Etat de droit ? Les groupes armés qui capturent des otages, égorgent, torturent, violent, et tuent en masse tous ceux qui n’obéissent pas à leur vision bornée du bien et du mal, se réclament tous de l’Islam. Certes, derrière cette référence religieuse il y a aussi l’affrontement ancestral de tribus, des trafics de drogue, d’armes mais aussi d’êtres humains, en particulier de femmes. Mais qu’importent les moyens qui permettent de se fournir en armes et en argent, ils sont justifiés par la fin : l’islamisation universelle.

Tout cela, et ça fait beaucoup, ce n’est pas le vrai Islam répète-t-on à satiété. Mais où est et qu’est-ce que le vrai Islam ? On entend bien, ici et là dans les médias, des imams modérés (!) qui prônent un Islam tolérant et souhaitent que les musulmans, de France entre autres, partagent sans condition les valeurs républicaines, mais ils sont sous protection policière. Reconnaissons que la ligne de partage entre les brebis égarées et les “vrais” musulmans n’est pas toujours très claire et que la balance entre la force de frappe, y compris médiatique, des uns et des autres penche plutôt du mauvais côté.

Il ne faut pas faire d’amalgame, mais alors il faut arrêter de parler d’islamophobie. C’est cette accusation qui pratique l’amalgame. L’Islam n’est pas un peuple, une nation ou une ethnie, mais une religion. Or, dans un pays démocratique respectueux de la liberté d’expression, il est parfaitement loisible de ne pas aimer une religion, de la critiquer ou même d’en avoir peur. On ne s’en est pas privé, et l’on ne s’en prive toujours pas, vis-à-vis du catholicisme par exemple. Les nombreux “bouffeurs” de curés n’ont jamais été taxés de “catholicophobes”, et les libres-penseurs qui ne supportent pas les crèches dans les mairies ne sont pas sous protection policière. L’usage du concept islamophobe laisse entendre qu’il y a là quelque chose qui s’apparente au racisme ou à l’antisémitisme ; il y a donc confusion ou, autrement dit, amalgame pernicieux.

Eviter à tout prix l’engrenage de la violence est un impératif politique, mais justement cela nécessite de la rigueur dans le discours et dans les actes. D’autant que frapper aussi fort une cible aussi clairement déterminée peut sérieusement laisser penser qu'on est face à une stratégie, qui dépasse la seule vengeance haineuse. Pour tous, même ceux qu’ils agaçaient ou froissaient, l’équipe de “Charlie” était des nôtres, comme les copains dissipés de la communale ou l’oncle impertinent. Sans vouloir se laisser aller à la grandiloquence, il n’est pas trop fort de dire que les journalistes et dessinateurs de ”Charlie Hebdo” font partie du patrimoine français. Ils représentent l’esprit français où le rire est vu comme une sorte de politesse et d’humilité pour évoquer avec talent des choses graves par la caricature. L’objectif est donc clair : soumettre les Français en frappant au cœur et à l’esprit.

Lors d’une émission télévisée, quelqu’un eut cette expression : “Ils sont tombés…” les assimilant inconsciemment à des soldats, tombés au champ d’honneur. Depuis des années, ils étaient menacés, savaient risquer leur vie, et n’ont jamais abandonné le combat. Bref, c’était un commando de résistants, qu’ils n’auraient pas manqué de caricaturer eux-mêmes. Aussi, après ce coup terrible que les Français viennent de subir, il est nécessaire de se rappeler le texte du Chant des Partisans : “Ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place”. Il sera difficile, pour ce qui est du talent, de prendre la place de ceux qui viennent de tomber, mais il est impératif de prendre leur place comme résistant à la barbarie. Seulement, pour cela, il faut désigner, cibler les ennemis et pas seulement parler de terroristes barbares. Cela caractérise le geste, mais ne nomme nullement les commanditaires du crime, ceux qui payent et arment et tous les complices au discours ambivalent. C’est aussi cela qui permettrait de ne pas faire d’amalgame.

8 janvier 2015

Rédigé par Jean-Claude Coiffet