Edito

Publié le 12 Avril 2015

 

Guerre sur la toile, guerre totale

 

L’attaque informatique contre “TV5 Monde” est une nouvelle preuve de la guerre sainte menée contre la Chrétienté. On ne voit pourtant pas ce que “TV5 Monde” a de chrétien. Justement, les attaquants ne s’embarrassent pas , contrairement à nous, d’éviter l’amalgame. Après des cibles bien déterminées : caricaturistes, juifs ou policiers, cette fois c’est l’ennemi générique qui est visé.

Il n’y a pas mort d’homme, diront certaines bonnes âmes. C’est pire, cette attaque montre que toute entreprise, institution ou même individu peut être atteint et donc être menacé de mille manières s’il ne répond pas aux exigences idéologiques et/ou financières. Des milliers de fichiers individuels peuvent être diffusés et désignés comme cibles à tout “apprenti” djihadiste partout dans le monde. Le coup de com, qui fait partie de la stratégie guerrière est triplement réussi. D’une part, on sait désormais qu’on n’est pas en face de groupes archaïques mais d’une force guerrière moderne avec une stratégie progressive. D’autre part, l’ennemi est nettement désigné. Enfin cela ne va pas manquer de faire croître le recrutement de djihadistes occidentaux.

Revenons à l’ennemi clairement désigné : l’Occident, L’Europe, la Chrétienté. Ce monde qui depuis des années foule le sol musulman (Israël, les chrétiens d’Orient, les militaires occidentaux venus y faire la guerre). Non seulement, aujourd’hui l’Islam n’a pas vocation à accepter la diversité, mais cette présence non musulmane est une véritable profanation et est contraire à la mission divine d’islamisation universelle. D’où la reconquête et la conquête comme objectifs majeurs et la lutte contre ce que ce monde ennemi représente : démocratie, liberté de penser, statut de la femme…

Mais, si l’ennemi est clairement et simplement désigné, par contre ce dernier ne peut se reconnaître dans cette désignation générique. On peut, au-delà du pur individualisme, se revendiquer comme femme (d’où l’importance spécifique des luttes féminines dans cette guerre), “gay”, voire Breton ou supporter de l’OM. Mais, se sentir à la fois Occidental, Européen et Chrétien ne mobilise plus grand monde, sinon ceux dénoncés justement comme réactionnaires. Situation d’autant plus déséquilibrée qu’il n’y a pas la moindre réaction cohérente de la part des institutions qui revendiquent pourtant les dénominations en question et tout particulièrement l’Europe.

L’attaque informatique de “TV5 Monde” est symboliquement comparable au 11 septembre. En pire, en fait, car l’absence de victime minimise l’acte symbolique montrant clairement que nous sommes en guerre et que nous continuons comme s’il ne s’agissait que d’actes terroristes sophistiqués certes mais ponctuels. On demande aux entreprises, institutions et particuliers d’être particulièrement vigilants, bref de se protéger, comme on prévoyait des abris pendant la 2de guerre mondiale. Tous aux abris donc.

On entend dire aussi que depuis longtemps la guerre a utilisé la communication, la terrorisation des populations, l’infiltration des services ennemis… Certes, les méthodes techniques ont changé, mais au fond… Seulement le changement est de taille et pose de nouveaux problèmes stratégiques. Et cela nous rappelle que nous sommes bel et bien en guerre.

Et quelles sont les instructions d’attaques ? La guerre est donc bien totalement déséquilibrée puisque les ennemis ne se désignent et ne se conçoivent pas sous la même dénomination. Qui est prêt à se battre pour la  Chrétienté, même si c’est comme tel que nous sommes attaqués ? Par ailleurs la vie continue…On comprend que les hommes d’affaires, entre autres, ne souhaitent pas rompre avec un monde aussi juteux que le monde arabo-musulman. Certes, mais où se situe la ligne rouge qui ne pourrait être dépassée ?

Tiens, ça n’a peut-être rien à voir, encore que. Le Mundial se prépare au Qatar dans des conditions d’esclavagisme connues de tous. Quelle Institution, quel Etat exige d’arrêter le massacre et demande à ce que ce Mundial soit annulé ? Faut-il préciser les nationalités des entreprises qui opèrent là-bas et les diverses corruptions financières.

Ah j’oubliais ! On nous explique qu’il est vraisemblable que ce fameux coup n’est sans doute pas l’œuvre de l’Etat Islamique lui-même, encore qu’il ait certainement d’excellents bidouilleurs informatiques mais plutôt le travail de gens extérieurs payés pour le faire. Donc une affaire préparée de longue date et menée avec une rare efficacité. Vous, je ne sais pas, mais moi ça ne me rassure pas, d’autant qu’on peut aussi prévoir ici ou à l’avenir l’usage à la fois de l’argent mais aussi de la menace sur le spécialiste et son entourage.

C’était pour faire bref, mais aussi pour faire réfléchir autrement.

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MC 14/04/2015 17:28

Texte éclairant sur les enjeux de cette cyberattaque sans précédent et qui pointe deux faits nouveaux, la notion essentielle d’ennemi générique et de guerre déséquilibrée, et d’autre part la forme d’attaque préparée de longue date par un attaquant d’on ne sait où qui atteint magistralement un triple objectif.
Les cyberattaques se sont multipliées depuis 2010, 2015 marquant apparemment un paroxysme. Elles ne sont pourtant pas nouvelles. Depuis les années 90, on pensait, surtout aux Etats-Unis à renforcer les protections, à sécuriser les systèmes. Mais, paradoxalement, le 11 septembre a fait baisser la garde. Non, les terroristes ne jouaient pas dans le virtuel puisque même s’ils utilisaient des outils sophistiqués du cyberespace, ils empruntaient d’autres modes opératoires, dramatiquement coûteux en vies humaines, mais mieux identifiables et donc peut-être plus faciles à déjouer.
En 2011, ARTE diffusait un documentaire intitulé « La cyberguerre est déclarée ! Une guerre invisible ». On y montrait la guerre de demain, la cyberguerre, une guerre mondiale sur un nouveau terrain, le cyberespace. Pour tout béotien de l’informatique, des réseaux et autres mystères de la toile, cela semblait presque de la science-fiction. Les exemples donnés étaient ceux du virus israélien mettant durement à mal le programme nucléaire iranien, la cyberattaque russe contre l’Estonie puis la Géorgie ou celle entre les Etats-Unis et la Chine ou les Etats-Unis et l’Iran. Cette nouvelle guerre, nous disait-on, était le fait de véritables armées de hackers devenus des militaires ou des mercenaires au service d’Etats, agissant dans des centres ultra-secrets et dotés de centaines de millions de dollars de budget.
Inquiétant certes, mais si nous changions de méthodes, de techniques, nous restions dans le cadre finalement classique d’une guerre entre Etats, des conflits reliquats de la Guerre Froide, des conflits du Moyen-Orient, ou de l’espionnage économique… Les ennemis étaient des Etats clairement identifiés.
Or, dans le cadre des attaques qui se multiplient aujourd’hui et touchent aussi bien l’armée américaine que les médias occidentaux, les armées de hackers ne sont plus à la solde d’un Etat. Ils constituent, semble-t-il, une vaste nébuleuse islamiste qui se rattache en des liens plus ou moins ténus à tel ou tel mouvement ou à l’Etat Islamiste, qui n’est qu’un donneur d’ordre parmi d’autres. Cela est aussi vrai pour les cyberattaques que pour les autres attentats terroristes Alors, oui, tous aux abris ! Car non seulement on ne sait pas où est l’attaquant, d’autre part, les différents hackers sont en concurrence et la multiplication des actions est certaine.
Même si l’Occident voulait se reconnaître comme la Chrétienté, à qui la guerre est manifestement déclarée et réagir en s’en donnant les moyens, la contre-attaque serait pour le moins complexe car l’ennemi est partout, tant dans les pays d’Islam qu’en Occident et ne dispose pas toujours d’ institutions ou de médias comparables sur lesquels pourrait se livrer la contre-offensive. Peut-être est-ce en ciblant les financeurs qu’il faudrait commencer, mais là ???
On en vient à regretter le temps où les salafistes voulant ré-islamiser les sociétés musulmanes à travers le monde envoyaient prédicateurs et cassettes audio ou vidéo destinés à diffuser la propagande islamiste . Mais s’est-on alors soucié de leur influence ? A-t-on essayé de lutter contre la propagation de ce médium classique, archaïque aujourd’hui, beaucoup plus facile à combattre. Non. Alors ?