Jean-Claude Coiffet : une grande voix

Publié le 2 Juillet 2015

Les lecteurs du blog de Jean-Claude Coiffet n'entendront plus sa voix singulière, si vive et stimulante : il nous a quittés le dimanche 31 mai, laissant ses proches et amis dans le chagrin.

Admirateur de la poésie de Louis Aragon, il avait intitulé un recueil de culture générale "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?", témoignant par cette fraternelle question de l'exigence critique de toute sa vie. Professeur de lycée à Nantes, puis à Bordeaux où il a enseigné au lycée Montesquieu et également à l'Institut d'Etudes Politiques, il n'était rien moins qu'un professeur d'économie orthodoxe. L'économie se serait réduite pour lui à une étude adaptative à l'ordre libéral régnant s'il ne lui avait restitué son sens véritable d'économie politique, au sens complexe et global que lui avait conféré Marx, dont il n'a jamais abandonné le legs. Ce travail d'économie politique s’alimentait aux champs de l'histoire, de la philosophie , et de l'anthropologie, dans lesquelles il frayait des voies peu académiques mais qui projetaient sur les sujets abordés des lumières souvent décisives. C'est ce dont témoignent ses contributions régulières et substantielles au Cercle Condorcet de Bordeaux dont il fut plusieurs années président; comme en témoigne ici même la rédaction de son blog, où il tenait les rôles de lanceur d'alerte, d'analyste incisif, mais aussi de déconstructeur des illusions et mensonges de l'ordre/désordre libéral, accomplissant de la sorte une mission de sentinelle de vérité et de liberté .

Ces tâches, il les a conduites avec la plus grande intégrité intellectuelle, mais aussi avec le courage du veilleur, gravement affecté qu’il était par une maladie exténuante et cruelle, car il était animé par un engagement inlassable en faveur d'une communauté politique à venir, éclairée et fraternelle, sans pour autant prétendre être exempte de contradictions.

« Je tente, le moins mal possible, de renouer avec la tradition de l'honnête homme, éclairé et éclairant, en opposition avec la désinformation communicationnelle »

disait-il dans sa présentation.

La disparition de cette grande voix laisse un vide irrémédiable dans nos consciences, mais il nous reste la possibilité de poursuivre, chacun dans sa voie et avec ses moyens propres, le projet qui fut le sien.

Jean-Claude Coiffet demeurera, pour ses lecteurs et compagnons d'aspiration, une personne et une figure inoubliables .

Michel Magnant,

ami de près de quarante ans de Jean-Claude

le 18 juin 2015

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