La Crise !!!

   Prononcée avec l’accent parigot, cette exclamation exprimait naguère une situation grotesque qui déclenchait une crise … de rire. Elle est parfaitement adaptée au spectacle offert aujourd’hui par tous les Diafoirus de l’économie et autres conformistes, qui, à l’image du personnage de l’excellent film de Bertolucci (“Il conformista” 1969), pour cacher leur lâcheté et assouvir leur mépris des autres sont prêts à servir avec zèle n’importe quelle idéologie à la mode, même la pire. Après avoir été les prophètes ou les thuriféraires du marché autorégulé, vantant les vertus de la spéculation et se félicitant qu’enfin nos sociétés n’aient plus de complexe face au fric, ils se font aujourd’hui prêcheurs, dénonçant l’immoralité du système et menaçant du bûcher les sorciers, qu’hier encore ils encensaient pieusement ou servaient servilement.

   Pour la petite histoire, le bruit court que Sarkozy lui-même aurait remonté les bretelles de certains de ses ministres qui bling-blinguaient trop dans la secte people , alors qu’il s’apprête à livrer la Poste, service public depuis toujours, aux turbulences du marché financier. Pour en rajouter une louche, le PS, pour bien montrer qu’il est en opposition avec le pouvoir actuel, s’apprête à désigner comme premier secrétaire celui qui s’affirme, à contre-courant, comme socialiste et libéral. Soyons rassurés, on est bien en démocratie, il y a aussi une opposition conformiste, et qui a d’ailleurs toutes les chances de garder encore longtemps ce statut, au demeurant confortable. Ainsi, la libéralisation économique et financière s’est opérée dans les années 80, au moment où l’opposition actuelle était au pouvoir, mais celle-ci peut accuser la majorité actuelle d’être seule responsable du système quand il explose, en ayant la prudence, cette fois, de ne pas rédiger un nouveau programme commun prévoyant la nationalisation des boulangeries.

   Ne nous y trompons pas, ils ne se renient pas, ni ne renient le système qui les fait vivre et exister, ils tentent seulement d’éviter le naufrage du navire sur lequel ils sont embarqués. Du moins dans un premier temps. Mais, si celui-ci venait à couler, ils n’hésiteraient pas à embarquer sur un bâtiment ennemi, après avoir pillé le premier. Fidèles à eux-mêmes, ils n’hésiteront pas, en parfaite symétrie avec leurs congénères russes, à troquer leur smoking blanc, de mise sur un yacht libéral, pour l’uniforme d’aparatchik, mieux adapté à un cuirassé totalitaire. D’ailleurs, cela en rajeunira certains, ils n’auront qu’à fouiller dans leurs vieilles malles pour ressortir leur tenue de jeunesse.

   On peut en rire certes, mais pour ne pas en pleurer, les victimes seront nombreuses, que le navire coule ou non. Mais surtout, cela montre combien il est facile d’être paroissien et difficile d’être citoyen. Résister aux sirènes du consensus exige un courage psychologique, qui fait accepter sa mise en quarantaine et la désaffection (dans tous les sens) de l’environnement. Cela implique aussi un travail intellectuel hors de toute gratification financière et sociale, et même, qui prive de celle-ci. Difficulté accrue, dans notre monde “mass médiatisé” où toute voix singulière est rejetée dans les coulisses ou couverte et ridiculisée par le chœur des bien-pensants du moment.

 

Jean-Claude Coiffet

Septembre 2008